Bande-son



L’exposition « Bande-son, Images, musiques, farces & attrapes » de Chloé Piot présentée dans la galerie du théâtre de l’Union révèle la richesse et la diversité du travail engagé depuis quelques années par cette jeune artiste diplômée de l’ENSA de Limoges.

Un ensemble constitué de volumes, d’objets ready-made, d’images et de sons se déploie méthodiquement dans l’espace d’exposition. La liste de ces objets et « matériaux » utilisés dans les différentes réalisations, leurs qualités plastiques et leur mode de présentation, évoquent assez directement la tradition du divertissement populaire telle qu’elle a pu se développer dans les fêtes, les banquets et les autres distractions familiales ou amicales : rose en plastique, sein postiche, boule à facette, pétards, lunettes amusantes, fausses moustaches, boites à chaussures transformée en objet décoratif, pochettes de vinyles détournées, diaporama de cartes postales… Les modalités de présentation des différentes pièces, placées sur socles ou positionnées comme des présentoirs, en mode « PLV » (1), peut aussi évoquer une scénographie à vocation commerciale ou encore une petite collection personnelle d’objets fétiches.

Ces images et objets, associés entre eux, confrontés à d’autres matériaux, sont issus de l’univers des farces et attrapes, du monde des loisirs culturels mais aussi et plus largement d’une forme de culture populaire appartenant à une époque révolue. Certains d’entre eux sont en effet totalement sortis de notre vie quotidienne et de nos usages. Les pochettes de disques vinyles – avec leurs codes visuels et graphiques caractéristiques- nous apparaissent encore familières à défaut d’être totalement identifiables. Chloé Piot les utilise précisément pour leur capacité à déclancher une sorte de remémoration incertaine, « cette impression de Déjà-vu » (2).Eglantine Belêtre évoquait très justement la capacité de l’artiste à faire se rencontrer des images d’Epinal avec des souvenirs collectifs (3) : une conjonction de différents temps, que l’on retrouve aussi dans d’autres œuvres. Le diaporama de carte postales formant la vidéo Sons et lumières nous déplace dans cet ailleurs insituable. Même transposée en numérique et associée à des extraits de musiques connues, cette succession d’images renvoie encore au souvenir du récit de vacances tel qu’on le pratiquait au temps des diapositives, tout en nous laissant à l’extérieur de ces « souvenirs » qui, au final, n’appartiennent à personne.

Dans la plupart des œuvres, les objets ne sont pas complètement détournés de leur réalité première. Réemployés, ils forment, associés à d’autres, des montages toujours inattendus dans lesquels ils conservent leur intégrité formelle, malgré les manipulations très précises effectuées par l’artiste. C’est notamment le cas lorsque l’association se fait dans un rapport de confrontation directe : dans la sculpture Amazone un sein postiche se retrouve ainsi sanglé « sans ménagement » à des lattes de bois. La sculpture intitulée Le vase de Bergson résulte également d’une association franche entre trois éléments à priori sans rapport entre eux : une rose en plastique émerge d’un coussin péteur reposant lui même sur un petit socle en marbre. L’idée d’artifice est peut être ce qui relie ces éléments entre eux, comme un lien invisible qui leur garantirait, par delà leurs divergences, une lointaine parenté. Dans le cas des « collages » à partir d’images, les liens sont plus explicites. Le kitsch des pochettes de disques est comme redoublé par l’adjonction d’un élément extérieur- moustache, nez, lunette- qui prolonge les images artificiellement et en augmente l’effet comique qui résulte de cette transformation. Il ne s’agit pas ici à créer une image étrange ou surréaliste, mais plutôt de surjouer un effet visuel comme pour mieux le désamorcer. Le trouble s’installe alors entre ce que nous percevons de l’image ou de l’objet et cette évidence du détournement qui nous laisse à la surface des choses, dans une sorte de contemplation lisse.

(1) « Publicité sur le lieu de vente » et son abréviation « PLV » sont apparues en France à la fin des années 1950.
(2) Baptiste Roux, Chloé Piot, une artiste sabbatique, site de l’artiste, 2009.
(3) Eglantine Belêtre, Une mouche dans le potage, in catalogue Première édition 2010, Abbaye Saint-André, Centre d’Art Contemporain, Meymac.


Antoine Réguillon, décembre 2012