Chloé Piot, une artiste sabbatique




Chloé Piot a les honneurs de l’intelligence et de la décontraction, ce qui n’est pas le moindre de ses talents quand certains crient souffrance à l’heure de réfléchir au monde. Apologue annoncé du loisir tout terrain, elle campe en trois mouvements l’art du RTT ; bricolage et téléfilms, blockbuster et philosophie.

Si Chloé Piot n’est qu’une sale gosse, qui joue d’entrée de nos souvenirs en ouvrant son exposition sur la miniature d’un garage, c’est pour mieux nous inviter à jouer encore à « Shell que j’aime » (1) et bibendum sont sur la départementale de notre enfance.
Ainsi Pick up et Cornichon n’ont qu’à suivre le pas et remplissent nos bagages sentimentaux, bourrés d’agglo, de parasol, et de Vénilia.

Son travail insiste sur le « Retour aux valeurs aoûtiennes », tellement l’été graphique et symbolique de nos vacances y est représenté. Des ados se Kiss on the Lips sur le motif 80’s d’une sorte de planche à repasser, comme designée par un Shaper de la côte ouest.
Pamela A. n’en fini plus de gonfler, matelassée qu’elle est, dans le sac à fantasme d’un cousin ensablé.
Enfin, Full Monty clôture la soirée estivale sans mollir, parce que chez Chloé Piot le cinéma populaire est une réalité qui ne se néglige pas.

Le film continue et Chloé grandit de pièces en pièces. Elle n’a plus seize ans quand l’homme, le vrai ! Celui aux yeux d’azur et aux muscles saillants, qui veut la sauver du deuxième degré dans Les ferrures de Clint Eastwood ou So Fast and So Furious, s’aventure dans son œuvre. Les héros n’ont décidément plus que des bottines dorées et des sonneries de portable made in Beverley Hills.

Mais, il faut bien philosopher, les heures sont longues de nos jours et Piot s’ennuie. Elle rêve du Sublime allégé d’un Kant de carte postale, où du haut d’une pyramide de sable, plus de deux siècles de rigueur critique, nous contemplent.
Les dieux de l’Olympe eux, ne sont plus que des œufs de caille près à être becquetés par un rapace monothéiste.
Quant aux Etats-Unis, ils ont laissé des plumes au pied d’un totem de crise sur lequel trône un cowboy. Tagada-Tagada-Tourment dit-elle à ce propos, légère comme un lapsus révélateur.

N’y a t-il pas de meilleur divertissement que l’art contemporain pour évacuer un peu ?
Le monde sauvage est un piège illusoire qui n’existe que dans nos désirs. Alors, pourquoi pas une boîte à chaussures de marche et du gazon synthétique comme attrape-nigaud. C’est Into the Wild dans les hypermarchés de nos périphéries.

Chloé Piot nous montre l’artifice de nos vies sédentaires et brèves et pourtant, elle sourit comme un Tati ou un Filliou. Tout est viable pourvu que l’on sache s’en servir, même les jeux de mots laids que l’on garde pour les repas familiaux.
Cette impression de « Déjà-vu » (2), d’imagerie consommable et de jeu de société, nous ferait prendre ces petits trains de bord de mer, pour visiter son travail. Tel un touriste alternatif prit d’attention à tout ce qui parle avec humour du temps perdu, des grandes idées et des petites histoires.

(1) Play again
(2) Prononcez à l’américaine


Baptiste Roux, 2009